Le plastique est-il toujours aussi fantastique ?

Nous avalons en moyenne l’équivalent de 52 000 particules de microplastiques chaque année. En 2050, le poids de plastiques dans les océans sera supérieur à celui des poissons.

Les microplastiques primaires, c’est-à-dire les microplastiques rejetés directement dans l’environnement sous forme de petites particules, proviennent pour un tiers des machines à laver, c’est-à-dire des lessives et des vêtements synthétiques, puis du frottement des pneus contre l’asphalte. La troisième source est les produits cosmétiques dont la composition intègre des microbilles de plastique. Les microplastiques secondaires proviennent de la dégradation de matière plastique de plus grande taille, par exemple des sacs en plastique ou les bouteilles.

Transportés par les cours d’eau, les plastiques se retrouvent dans les océans. Ingérées par les espèces marines, ces particules contaminent la chaîne alimentaire et affectent la nutrition, la reproduction ou encore la respiration des espèces. Des particules ont été retrouvées dans les chairs animales, dans l’eau potable et dans le miel. Les impacts sur la santé humaine restent en revanche mal connus à ce stade.

Que faut-il faire alors ? Nettoyer, recycler, ou carrément supprimer le recours aux plastiques ?

Une fois les plastiques dans la nature, le nettoyage est complexe. Trop petits, les microplastiques ne peuvent être collectés. Plus fondamentalement, le nettoyage ne remet pas en question la cause du problème, ce serait plutôt un moyen de répondre au malaise moral que nous éprouvons face aux montagnes de déchets.

La production de plastiques au niveau mondial provient à 2% de plastique recyclé, le reste provenant de matières premières vierges (pétrole et gaz principalement). En Europe, sur 25 millions de tonnes de déchets plastiques par an, un quart sont recyclés, 36% sont valorisés énergétiquement et 38% partent en décharge. Le recyclage et la valorisation énergétique sont limités : le taux de recyclage en boucle fermée pourrait théoriquement atteindre au maximum 5% des plastiques usagés. Les plastiques faisant l’objet d’usages dispersifs sont difficilement recyclables. Le recyclage est consommateur d’énergie, d’eau et de produits chimiques. Le recyclage à l’infini est illusoire pour les plastiques, et l’image vertueuse du recyclage pourrait aussi inciter à ne pas réduire sa consommation de plastiques (le fameux effet rebond).

L’enjeu est donc de réduire autant que possible le recours aux plastiques. A l’échelle individuelle, la sobriété plastique est de mise. De nombreuses alternatives au plastique existent : achats en vrac, cosmétiques à base d’ingrédients naturels, vêtements en matières naturelles, etc. Pour l’usure des pneus, la principale alternative est de limiter l’utilisation de la voiture.

En France, la Loi économie circulaire de février 2020 fixe l’objectif de mettre fin à la mise sur le marché d’emballages en plastique à usage unique d’ici 2040 et de tendre vers 100% de recyclage pour le plastique d’ici le premier janvier 2025. Le calendrier est progressif : la vaisselle jetable en lot et les coton-tige en plastique sont interdits à la vente dès le premier janvier 2020. Au premier janvier 2021 suivront notamment les pailles et couverts jetables. Les sachets de thé en plastique seront interdits en 2022 et les machines à laver neuves devront être équipées de filtres à microfibres plastiques en 2025.

Si l’emballage est le secteur le plus demandeur de plastiques, ces derniers sont également très utilisés dans le secteur du bâtiment (20% de la consommation européenne de plastiques), de l’automobile, de l’électricité/électronique, du médical et des loisirs. Légers, résistants, peu chers, bien supportés en cas d’utilisation médicale, adapté à la conservation des aliments, les arguments en leur faveur sont nombreux et leur remplacement peut être complexe. A l’heure actuelle, se passer complètement de plastique paraît encore illusoire…

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