Biodiversité en ville : suffit-il de planter des arbres ?

Comme le nom l’indique, préserver la biodiversité signifie préserver de multiples espèces en interaction. Une rangée d’arbres, une pelouse ou quelques ruches ne sont pas la solution.

Plus des trois quarts des Français vivent en zone urbaine, et près de 10% du territoire est artificialisé. Répondre au déclin de la biodiversité, dont l’état est rappelé dans cet article, ne peut se faire sans intégrer les enjeux urbains. Les pollutions, la destruction d’espaces naturels, leur fragmentation et leur homogénéisation sont les principales menaces pour la biodiversité en ville.

Ours, panda ou baleines, de nombreuses campagnes de sensibilisation sur le déclin de la biodiversité ont choisi un animal emblématique comme étendard. Les espèces végétales ou les vers de terre sont rarement à l’affiche. Pourtant, préserver la biodiversité ne se limite pas à protéger les espèces iconiques. La biodiversité dite ordinaire fournit des services écosystémiques essentiels, y compris pour l’homme. Alimentation, épuration de l’eau, régulation de la qualité de l’air et de la température, écoulement de l’eau, nous sont en effet fournis par des espèces souvent peu visibles, en interaction entre elles. Interaction : cette notion est essentielle pour toute action de protection de la biodiversité, le déplacement ou la disparition d’une espèce peut en cascade affecter de multiples espèces qui en dépendent.

Tous les espaces verts ne contribuent pas au maintien de la biodiversité. Un espace en friche, par exemple, est beaucoup plus intéressant qu’une pelouse très entretenue. Toitures, pieds d’arbres, potagers urbains, cimetières, les espaces de biodiversité peuvent être nombreux. Cela heurte cependant la vision historique hygiéniste de la nature en ville, maîtrisée, organisée et entretenue.

De même, il ne s’agit pas uniquement d’établir des zones de biodiversité mais également des corridors écologiques, permettant aux espèces de se déplacer entre différents espaces naturels fragmentés par l’action humaine. Quelques solutions possibles : préserver les haies et bandes enherbées, éviter les traitements nocifs sur les surfaces, préserver des cavités servant de protection pour les espèces, conserver les mousses et lichens, etc.

Attention également aux fausses solutions qui peuvent mettre en concurrence des espèces, telles que l’installation de ruches. Les abeilles domestiques qui en profitent consomment la nourriture au détriment des abeilles sauvages, dont les populations sont en déclin. A tel point que certaines villes limitent désormais l’installation de nouvelles ruches. De même : végétaliser des toitures avec des espèces exotiques risque de mettre en danger les espèces endémiques.

Favoriser le retour de la biodiversité en ville nécessite d’autoriser une part de spontané, et peut-être de non-désirable. A chacun d’entre nous de changer de regard sur le vivant…

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