Géo-ingénierie : la technologie à la rescousse de l’urgence climatique ?

La géo-ingénierie désigne le recours à la technologie pour modifier le climat de la Terre.

Clive Hamilton, auteur de Requiem pour l’espèce humaine (Presses de Sciences Po, 2013) et des Apprentis sorciers du climat (Seuil, 2013), distingue deux grandes catégories :

  • La gestion du rayonnement solaire, illustrée par exemple par la propulsion d’aérosols sulfatés dans la stratosphère ;
  • La capture de carbone, par exemple les projets de BECCS (Bio-energy with carbon capture and storage), visant à soutenir le développement de biomasse, et donc le stockage de CO2, utilisée ensuite en production énergétique. Le CO2 émis lors de la combustion est séquestré ou utilisé pour d’autres procédés. Un autre exemple est l’injection de fer dans l’océan pour stimuler la croissance des algues et l’absorption de CO2.

Séduisantes pour certains, les effets de ces techniques sur l’environnement restent néanmoins mal connus et les effets en cascade possibles. La fertilisation de l’océan par injection de fer modifierait la composition chimique. Quel impact cela aurait-il sur la biodiversité ? La diffusion d’aérosols pourrait modifier la formation des nuages. Quant aux projets de BECCS, ils pourraient conduire, en favorisant les variétés à croissance rapide, à une perte de biodiversité, et donc à une fragilité accrue du milieu, et entrer en concurrence avec l’objectif de sécurité alimentaire.

Deuxième problème : la déresponsabilisation. Les promoteurs de ces techniques laissent penser qu’il est possible d’éviter la catastrophe climatique grâce à des innovations technologiques, qui ne remettent pas en cause le système économique actuel. Cette foi nous fait perdre de précieuses années d’action pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre…  

Enfin, l’absence de transparence et de débat public sur la géo-ingénierie est manifeste. Se reposer sur ces techniques signifie laisser des enjeux énormes entre les mains de quelques organisations, et les citoyens ne sont informés ni des risques ni des résultats des projets de recherche, qu’ils soient positifs ou négatifs.

La géo-ingénierie, alternative de la dernière chance ? Certains climatologues soulignent que la géo-ingénierie pourrait être une solution intermédiaire inévitable pour éviter une crise climatique majeure. Les réductions d’émissions sont trop faibles, le déploiement des ENR trop lent, et le changement climatique catastrophique résulterait en un effondrement économique et social aux coûts énormes.

Concluons avec une réflexion de Clive Hamilton : « si les êtres humains altèrent dangereusement le fonctionnement du système Terre, quelle sorte de créature devenons-nous ? Si nous décidons de nous emparer du contrôle du système Terre dans sa totalité, cela modifie complètement la relation des êtres humains à leur environnement et à leur planète. »

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