Conférence climat, est-ce si COP-liqué ? (partie 2)

La partie 1, sur les acteurs, est accessible ici. Place aujourd’hui aux négociations.

Comment se passent les négociations et sur quoi portent-elles ?

Durant la COP ont lieu des sessions plénières, des réunions ouvertes et des réunions restreintes. Beaucoup d’échanges se font aussi de manière informelle. La signature de l’Accord de Paris ne marque pas la fin des négociations : le rehaussement des objectifs de réduction d’émissions par Etat, la mise en place de mécanismes de financement ou de transfert de technologies pour les pays en développement, la coopération sur la protection des puits de carbone, font partie des sujets des négociations. Ci-dessous un aperçu de planning :

Extrait de planning à la COP24 (Katowice, 2018)

De nombreux documents de travail et l’ensemble des documents officiels sont disponibles sur le site de la CCNUCC. Voici un extrait de l’Accord de Paris avant son adoption. Tout y est : les options, les crochets pour les différentes possibilités, le texte en italique non validé, etc.

Version de travail de l’Accord de Paris avant adoption (décembre 2015)

Pourquoi les négociations sont si compliquées ?

Le principal point bloquant sur les négociations climatique est la répartition des efforts de réduction d’émissions à conduire. La responsabilité historique porte principalement sur les pays développés, alors que la Chine, l’Inde et le Brésil, entre autres, font partie des principaux émetteurs de gaz à effet de serre actuellement. Les pays en développement revendiquent leur droit au développement. En parallèle, les pays les plus à risque sont les pays en développement : risques de submersion marine pour les pays insulaires, inondations en Asie du Sud-Est, sécheresses en Afrique, etc.

Même une fois les objectifs de chaque Etat définis, d’autres enjeux se posent. Les mécanismes de mise en œuvre, notamment le financement et le transfert de technologies, font l’objet de longues négociations.

Quels sont les résultats des négociations climatiques ?

Les premières COP, après 1992, ont abouti à l’adoption du Protocole de Kyoto, qui fixe des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et établit le cadre pour des mécanismes dits de « flexibilité » tels que les marchés de permis d’émission et les mécanismes visant le transfert de technologies bas-carbone (voir à ce sujet l’article sur la compensation carbone et celui sur la neutralité carbone).

Prévu dans l’Accord de Paris de 2015, chaque Etat doit soumettre une contribution nationale indiquant les politiques et mesures pour réduire les émissions et s’adapter aux changements climatiques. Cependant, les ambitions actuelles sont loin d’être suffisantes : à ce stade, seules les contributions présentées par le Maroc et la Gambie seraient compatibles avec une limitation du réchauffement climatique global à 1,5°C…

En définitive, une limite habituelle des accords internationaux se retrouve dans le cas des accords sur le climat : le droit international n’a que la valeur que les Etats lui accordent. Que l’on considère que le droit international prévaut sur le droit interne ou non, un Etat peut en tous les cas se retirer d’un accord international, comme les Etats-Unis le montrent. 

Les Etats sont-ils les seuls à agir ?

L’implication des acteurs non-étatiques (collectivités territoriales, société civile et entreprises) est désormais reconnue comme essentielle pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Ainsi, des organisations se fixent des objectifs de neutralité carbone, c’est le cas de la Ville de Paris à l’horizon 2050. Les réseaux d’acteurs sont désormais nombreux : C40 Cities Climate Leadership Group (pour les villes), Institutional Investors Group on Climate Change (pour les investisseurs), Climate Action Network, etc. La plateforme NAZCA, lancée en 2014 dans le cadre des négociations, recense les engagements climatiques des organisations non-étatique.

Pour finir, voici quelques termes très COP-iens :

  • BECCS : pour Bioenergy with Carbon capture and storage, une des solutions envisagées pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris. Désigne les projets d’exploitation de la biomasse, qui capte le CO2 pour son développement, afin de la brûler pour produire de l’énergie. Le CO2 émis lors de la combustion est capté et stocké sous terre
  • BINGO : désigne le groupe des ONG Business & Industry
  • Informal-informal meeting : réunions organisées en comités restreints, notamment pour avancer sur des points de blocage des négociations

Pour en savoir plus :