Compensation carbone : planter des arbres compense-t-il autre chose que notre mauvaise conscience ?

La logique est simple : le réchauffement climatique étant un problème global, peu importe où les émissions de gaz à effet de serre sont réduites. Dès lors, autant le faire là où réduire les émissions coûte le moins cher. La compensation volontaire consiste ainsi à financer un projet de réduction ou de séquestration d’émissions de GES dont on n’est pas directement responsable. Voici donc venus les crédits carbone : chaque tonne équivalent carbone évitée permet l’obtention d’un crédit par le financeur du projet.

Les mécanismes d’échange d’émissions ont émergé suite au protocole de Kyoto en 1997, afin d’encourager les transferts de technologie bas carbone vers les pays en développement. En parallèle de ces mécanismes réglementaires, des mécanismes volontaires ont été mis en place, appuyés par des certifications garantes de la qualité des crédits, pour permettre aux entreprises, aux collectivités, aux associations ou aux particuliers de compenser tout ou partie de leurs émissions.

Les émissions peuvent être évitées, principalement via des projets de production ENR, ou séquestrées, notamment via des projets de reforestation ou de conservation des forêts. Outre la complexité de comptabiliser la réduction d’émissions ou la quantité de gaz séquestrés, 3 problèmes principaux se posent.

Problème n°1 : L’additionnalité est un principe essentiel du dispositif : le projet à l’origine des crédits carbone ne devrait pas avoir vu le jour sans les crédits carbone générés. Cependant, s’assurer de l’additionnalité du projet est extrêmement complexe ; pour un projet de préservation de la forêt, comment garantir que la forêt aurait en effet été détruite sans les crédits carbone ? Garantir la permanence, autre principe fondamental, n’est pas plus facile : un feu de forêt ou la déforestation et les émissions ne sont plus séquestrées. 

Problème n°2 : les projets sont gérés par des entreprises, pas par les populations locales. Des populations autochtones se sont vues privées de l’accès aux terres, certains sont morts. Afin d’assurer la permanence du projet, la forêt est « préservée » de la présence humaine et les peuples autochtones contraints dans leur usage (bois, cueillette, etc.), quand ils ne sont pas carrément expulsés. Ces peuples, sans bien sûr disposer de titres écrits de propriété à l’occidentale, ont pourtant toujours habité ces lieux et les gèrent de manière durable.

Problème n°3 : l’existence du mécanisme peut donner l’impression que réduire ses émissions n’est pas nécessaire, d’autant plus que le prix de la tonne de carbone est très faible, de l’ordre de quelques dollars uniquement. Suivre une trajectoire de réduction d’émissions cohérente avec un réchauffement climatique limité à 1,5 voire 2°C nécessite des changements importants dans les modes de vie, ce que peut masquer l’existence de dispositifs donnant l’impression que l’on peut facilement « effacer » ses émissions et que la transition sera indolore.

La compensation ne vient donc qu’en complément d’une démarche de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La logique doit être : Eviter les émissions (sobriété), Réduire les émissions, puis Compenser ce qui reste.

Ce sera un sujet à suivre dans les prochains mois : jusqu’à présent, la compensation ne portait que sur des projets à l’étranger, mais le lancement Label Bas-carbone en 2018 ouvre désormais la voie à la compensation via des projets locaux.

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