La neutralité carbone est-elle un objectif pertinent et réaliste ?

Le Giec rappelle que limiter le réchauffement climatique à 1,5°C nécessite d’atteindre la neutralité carbone en 2050, c’est-à-dire l’équilibre entre la quantité d’émissions de gaz à effet de serre émise et la capacité qu’à la Terre de capter et stocker les gaz à effet de serre.

De plus en plus d’Etats prennent des engagements de neutralité carbone IDDRI). En septembre, l’Assemblée nationale et le Sénat ont définitivement adopté la Loi sur l’Energie et le Climat, qui fixe l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Néanmoins le concept de neutralité carbone reste flou et est critiqué pour ouvrir la voie à des pratiques de captage et de stockage. En effet, pour atteindre l’équilibre, il est possible d’agir sur les deux plateaux de la balance.

Côté captation et stockage, la première option concerne les puits naturels. Il s’agit des forêts, des océans, des mangroves, etc. Avant d’envisager une augmentation des capacités de stockage, il faudrait déjà préserver les puits actuels, ce qui est loin d’être le cas… L’artificialisation des sols, certaines pratiques agricoles ainsi que le changement climatique réduisent les capacités d’absorption, et les mécanismes rémunérant la préservation des puits de carbone (un exemple étant REDD+) ont une efficacité limitée. La captation concerne surtout le CO2, alors que les autres gaz à effet de serre, méthane notamment, ont un potentiel de réchauffement global pouvant très élevé.

Construire des puits artificiels est également une piste envisagée. Injecter du fer dans les océans pour accroître la productivité du phytoplancton, stocker du carbone dans des anciennes cavités, ces pratiques pourraient générer des effets en cascade sur les écosystèmes, aujourd’hui peu voire pas connus. Parier sur ces solutions est donc risqué.

Les émissions doivent être réduites drastiquement. Le projet de Loi Energie-climat le reconnaît, inscrivant l’objectif de diviser les émissions de gaz à effet de serre par un facteur supérieur à 6 entre 1990 et 2050. Alors que la baisse des émissions de gaz à effet de serre en France ces dernières années est largement imputée à la désindustrialisation, les émissions indirectes sur d’autres territoires n’étant pas comptabilisées, les années à venir devront faire l’objet d’actions ambitieuses pour réduire les émissions. Envisager un mix énergétique décarboné est indispensable mais pas suffisant. Arrêter l’artificialisation des sols, ne plus recourir aux énergies fossiles, et avant tout viser la sobriété et l’efficacité seront des étapes indispensables.

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