Consommation énergétique des bâtiments : la rénovation énergétique est-elle la solution ?

Il faut questionner nos besoins chaque fois que possible, faire sobre ou frugal, réduire les besoins à la source, travailler sur la baisse de la demande et pas juste sur l’émergence d’une offre plus “verte”. 

— Philippe Bihouix.

En signant l’Accord de Paris, les pays se sont engagés à limiter l’augmentation de la température moyenne à 2°C, et si possible 1,5°C. Le Giec indique que cela nécessite d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. En France, cet objectif est inscrit dans le projet de Loi Energie-Climat de septembre 2019.

Les émissions de gaz à effet de serre proviennent de différentes sources : énergie, industrie, agriculture, UTCATF (Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie) et déchets.

Pour la partie énergétique, les deux objectifs sont de réduire la consommation des secteurs consommateurs et de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à un niveau donné de consommation (décarbonation du mix énergétique). La France s’est ainsi fixé l’objectif de réduire la consommation énergétique finale tous secteurs confondus de 50% en 2050 par rapport à 2012 (Loi de Transition énergétique pour la Croissance verte de 2015).

Le secteur du bâtiment représente environ 27% des émissions de gaz à effet de serre. Près de 45% de la consommation énergétique en énergie finale de la France est due aux bâtiments, ce qui en fait le secteur le plus consommateur, devant les transports et l’agriculture.

Réduire la consommation énergétique des bâtiments doit donc être une priorité.

Mettons de côté le sujet des bâtiments neufs : s’il est bien plus facile de consommer peu si cela a été pris en compte dès la conception du bâtiment, le taux de renouvellement est très faible. Du côté des bâtiments existants, il semblerait bien que la rénovation énergétique se soit imposée comme un synonyme de la réduction des consommations énergétiques des bâtiments : Plan de rénovation énergétique des bâtiments, Campagne FAIRE (Faciliter, Accompagner et Informer pour la Rénovation Énergétique), hors de la rénovation, point de salut ?

Les travaux de rénovation incluent l’isolation par l’extérieur et de la toiture, le remplacement de systèmes de ventilation, de chauffage et d’eau chaude sanitaire, ou encore l’installation d’énergies renouvelables.

La rénovation énergétique répond à des enjeux environnementaux mais également sociaux : on dénombre de 7 à 8 millions de passoires thermiques en France dont 3,8 millions occupées par des ménages modestes. La précarité énergétique, c’est-à-dire le fait de consacrer plus de 10% des revenus aux dépenses d’énergie dans le logement, touche 14% des ménages. Dans nombre de cas, l’intérêt de la rénovation est aussi sanitaire.

Cependant, deux problèmes fondamentaux demeurent. Le premier est que l’enjeu final est de réduire les émissions de gaz à effet de serre, pas seulement la consommation énergétique. La production, le transport et la fin de vie des matériaux utilisés pour la rénovation peuvent avoir un poids carbone important. Si la réduction de consommation est faible, l’intérêt ne sera pas forcément évident.

Deuxième écueil : tout miser sur la rénovation déresponsabilise les citoyens. La rénovation énergétique est certes décidée par les citoyens, mais réalisée par des ouvriers. Une part croissante des consommations énergétiques dans les bâtiments est due aux usages spécifiques, c’est-à-dire l’électroménager et l’électronique. Maison connectée, multiples écrans, nous sommes loin d’être sobres.  Et c’est sans compter l’effet rebond : dans un logement bien isolé, pourquoi ne pas en profiter pour augmenter la température du chauffage ?

La rénovation énergétique est donc une solution partielle. Il faudra en tous les cas plus de sobriété, et un gros pull !